
Document de travail
Mai, 1997
Préparé conjointement par l'Union internationale pour la conservation (UICN) et la Banque mondiale
Le présent document de travail est le fruit d'une collaboration entre l'UICN (Union internationale pour la conservation de la nature et de ses ressources) et la Banque mondiale. Il y est question des possibilités d'action stratégique en vue d'accroître les capacités en matière d'évaluation environnementale (EE) en Afrique subsaharienne. Il convient d'en aborder le contenu dans deux contextes distincts : i) les efforts consentis actuellement pour faire progresser la notion et la pratique du développement durable sur le plan environnemental en Afrique subsaharienne, et ii) les efforts visant à accroître les capacités institutionnelles et humaines dans cette région. Les conclusions ici exposées ne sont pas finales, et les opinions et interprétations présentées ne traduisent pas nécessairement les opinions de l'UICN ou de l'un ou l'autre des ses membres, ni les opinions de la Banque mondiale ou de l'une ou l'autre de ses institutions affiliées. Les commentaires et les suggestions sont bienvenus. Nous invitons les lecteurs à nous en faire part par courrier électronique, à l'une des adresses suivantes : okjorven@worldbank.org ou paul_driver@mouchel.com, ou encore par télécopieur au 1 (202) 477-0568.
La Banque mondiale et l'UICN se sont fermement engagées à aider les pays de l'Afrique subsaharienne à accentuer leurs efforts de gestion et de conservation de l'environnement. Les deux organismes conviennent qu'il faudra mettre en œuvre des mesures plus énergiques et plus stratégiques pour arriver à renverser les tendances actuelles de dégradation environnementale qui s'accompagnent souvent de conséquences économiques et sociales graves. Un des défis les plus importants à relever est celui d'accroître et d'étendre les capacités institutionnelles et humaines en gestion environnementale.
La Banque mondiale établit son programme à moyen terme en vue d'aider les pays de l'Afrique subsaharienne à s'orienter et à progresser vers un développement durable sur le plan environnemental. Ce processus s'appuie sur une série de publications, dont un document de travail intitulé Toward Environmentally Sustainable Development in Sub-Saharan Africa - A World Bank Perspective (1995, Vers un développement durable sur le plan de l'environnement en Afrique subsaharienne - Le point de vue de la Banque mondiale). Parallèlement, les gouverneurs africains de la Banque mondiale ont élaboré et diffusé un rapport capital portant directement sur ce travail : Partnership for Capacity Building in Africa: Strategy and Program of Action (1996, Le partenariat au service de l'accroissement des capacités en Afrique : stratégie et programme d'action).
L'UICN est en train de mettre à exécution un programme de décentralisation de ses activités en Afrique subsaharienne. Il s'agit de renforcer les bureaux sous-régionaux (en grande partie avec l'aide de spécialistes africains) et la gestion des projets et des programmes à l'échelle locale. Un des éléments essentiels de cette stratégie consiste à intensifier la collaboration avec les autres organismes engagés dans la gestion environnementale et les activités de conservation en Afrique subsaharienne.
Préparé conjointement par l'UICN et la Banque mondiale, le présent document de travail est une manifestation de ces priorités et un des premiers fruits d'une collaboration à laquelle les deux organisations souscrivent à long terme. L'UICN et la Banque mondiale voient dans l'évaluation environnementale (EE) un élément critique d'une gestion environnementale solide aux niveaux national et local. Puisque l'évaluation environnementale n'est pas encore fermement implantée dans la plupart des pays de l'Afrique subsaharienne, et que la capacité de ces pays (à l'exception de quelques-uns) à gérer le processus et à réaliser des études d'évaluation environnementale est extrêmement limitée, le but de ce document est de lancer un vaste dialogue sur les actions qui pourraient être prises pour accroître les capacités d'évaluation environnementale dans le continent.
L'élaboration du présent document a donné lieu à des consultations étendues en Afrique subsaharienne même, et aussi auprès d'autres organismes d'aide au développement et d'organisations non gouvernementales (ONG). Nous espérons qu'il provoquera des discussions plus poussées parmi les pays de l'Afrique subsaharienne, les ONG africaines et internationales, les organismes donateurs et les praticiens de l'évaluation environnementale qui sont à l'œuvre en Afrique subsaharienne.
Cynthia Cook Chef, Groupe de l'environnement en Afrique (Africa Environment Group) Banque mondiale
Colin Rees Chef de division, Division de l'eau, des sols et des habitats naturels (Land, Water and Natural Habitats Division) Service de l'environnement Banque mondiale
Mersie Ejigu Directeur général adjoint, Politique de conservation UICN - Union internationale pour la conservation
Le présent rapport est le fruit de la collaboration de spécialistes en évaluation environnementale à l'UICN et à la Banque mondiale. Les auteurs principaux en sont : Paddy Gresham, autrefois chef du service d'évaluation environnementale à l'UICN et maintenant directeur des projets spéciaux au ministère de l'Environnement de la Nouvelle-Zélande; Olav Kjørven, spécialiste de l'évaluation environnementale, Service de l'environnement, Banque mondiale; et Jean-Roger Mercier, coordonnateur de l'évaluation environnementale, Groupe de l'environnement en Afrique, Banque mondiale.
Plusieurs autres personnes ont apporté une contribution importante à l'entreprise, dont : Shimwaayi Muntemba, spécialiste en participation du public, rattaché au Groupe de l'environnement en Afrique à la Banque mondiale; Knut Opsal, expert-conseil indépendant en matière d'environnement, autrefois rattaché à la Banque mondiale et à la Banque africaine de développement; Eldad Tukahirwa, autrefois professeur et directeur de l'institut de l'environnement et des ressources naturelles à l'université Makerere, en Ouganda, et maintenant représentant régional de l'UICN pour l'Afrique orientale (Nairobi); et Miguel Fernandez, expert-conseil auprès de la Banque mondiale.
Enfin, un grand nombre de personnes, de l'intérieur et de l'extérieur de l'UICN et de la Banque mondiale, nous ont aidés de leurs conseils, commentaires et suggestions tout au long de la rédaction du rapport. Les auteurs tiennent à remercier tout spécialement Colin Rees, chef de la Division de l'eau, des sols et des habitats naturels à la Banque mondiale; Cynthia Cook, chef du Groupe de l'environnement en Afrique à la Banque mondiale; et Achim Steiner, coordonnateur de la banque de développement multilatéral au bureau de l'UICN à Washington.
Le présent document de travail examine l'état actuel des capacités d'évaluation environnementale en Afrique subsaharienne et donne un aperçu des mécanismes et des méthodes susceptibles de servir à accroître et à valoriser ces capacités. On y analyse aussi comment ces mécanismes et méthodes pourraient être utilisés de façon stratégique et rentable.
L'objectif immédiat du rapport est de provoquer des discussions étendues au sujet de l'accroissement des capacités d'évaluation environnementale en Afrique subsaharienne. Ce que les auteurs espèrent, fondamentalement, c'est que le document de travail servira d'outil pour forger un large consensus sur le choix des démarches stratégiques propres à accroître les capacités d'évaluation environnementale sur le continent, un choix commun qui devrait engager la participation des pays de l'Afrique subsaharienne, des organismes d'aide au développement et des organisations non gouvernementales ayant des intérêts et des compétences dans le domaine de l'évaluation environnementale.
L'idée d'élaborer un document sur la question a d'abord germé lors de discussions avec une vaste gamme d'interlocuteurs représentés à la conférence de haut niveau des ministres africains responsables de l'environnement et au congrès de l'International Association for Impact Assessment (IAIA), qui se sont tenus à Durban, en Afrique du Sud, en juin 1995. Le projet a reçu un appui considérable des spécialistes de l'évaluation environnementale, des responsables de l'action gouvernementale, des ONG et des organismes donateurs. Au départ, l'étude devait porter sur la possibilité d'encourager les centres de ressources sous-régionaux à accroître leurs activités de formation et leurs capacités en matière d'évaluation environnementale. Plus tard, en réaction aux commentaires reçus, le champ d'étude s'est élargi afin d'inclure plusieurs autres questions pertinentes et le projet s'est transformé en un dialogue de consultation engageant un grand nombre de personnes et d'organismes d'Afrique et de l'extérieur du continent.
Le sujet du présent document englobe un territoire géographique immense, lieu de variations marquées sur les plans de l'environnement, de la politique, des conditions économiques et sociales, des capacités institutionnelles et des pouvoirs de réglementation. Il s'y trouve également des différences importantes en ce qui touche les renseignements disponibles. Voilà pourquoi la portée du présent document se limite à :
Le lecteur intéressé trouvera des renseignements de nature plus générale sur l'accroissement des capacités en matière d'environnement dans les pays de l'Afrique subsaharienne en consultant certains documents produits par la Banque mondiale, notamment Environmental Assessment and Review in Sub-Sahara Africa (1996, Évaluation environnementale et examen environnemental en Afrique subsaharienne) et Institutional Structures for Sustainable Development (1996, Structures institutionnelles au service du développement durable). Ces documents de travail sont offerts par le Groupe de l'environnement en Afrique, de la Banque mondiale. L'expérience de la Banque en matière d'évaluation environnementale est décrite dans une étude récemment publiée, intitulée The Impact of Environmental Assessment: The World Bank's Experience (L'impact de l'évaluation environnementale : l'expérience de la Banque mondiale). On peut se procurer ce rapport au ministère de l'Environnement.
Le présent document aborde l'accroissement des capacités d'évaluation environnementale dans le cadre plus large de la gestion environnementale. L'évaluation environnementale, un des principaux outils existants de planification et de gestion environnementale, est un processus qui consiste à évaluer une activité proposée en fonction de ses effets éventuels sur l'environnement et à trouver des moyens d'améliorer la proposition en suggérant des modifications à sa conception ou à son emplacement, et en déterminant des mesures visant à empêcher, réduire au minimum, atténuer ou compenser les effets environnementaux. L'évaluation environnementale est déjà obligatoire pour les projets et les programmes financés totalement ou partiellement par la Banque mondiale et par la plupart des autres organismes d'aide au développement, et elle est de plus en plus exigée en vertu des lois et réglementations nationales et sous-nationales dans le monde entier.
L'évaluation environnementale trouve des applications pendant toute la durée de vie d'un projet. Toutefois, son influence atteint un maximum de puissance aux toutes premières étapes de la planification alors que se prennent des décisions critiques relativement aux options de développement, à l'emplacement des projets, au choix de la technologie de surveillance et aux autres mesures d'atténuation des effets environnementaux.
Le processus d'évaluation environnementale fait appel à des renseignements provenant de tout un éventail de disciplines des sciences physiques, biologiques et sociales. Il puise également dans les connaissances traditionnelles et les renseignements sur les valeurs communautaires, recueillis à l'aide d'outils divers, dont les consultations publiques. Le processus d'évaluation environnementale offre un cadre d'évaluation et d'examen qui sert de complément à l'évaluation technique et économique, et il s'appuie sur une série d'instruments de prévision et d'analyse.
Un des traits distinctifs de l'évaluation environnementale réside dans son caractère multidisciplinaire. C'est ainsi que ses activités de base comprennent l'intégration de données tirées de sources diverses et l'élaboration de jugements dans des contextes souvent marqués par un degré élevé d'incertitude. Pour être efficace, l'évaluation environnementale a donc besoin d'ingénieurs, de planificateurs et d'autres praticiens du développement capables de comprendre et d'intégrer des renseignements provenant de disciplines diverses qui dépassent parfois leur formation initiale ou les limites de leur expérience. Il arrive aussi que les praticiens soient obligés de recourir aux techniques de consultation et d'estimation publiques, des moyens tout à fait nouveaux pour eux. Voilà pourquoi, en plus de leur expérience pratique sur laquelle ils peuvent s'appuyer, il est important que les praticiens de l'évaluation environnementale reçoivent une formation spécialisée aux modes opératoires de l'évaluation environnementale et à la conception de projet. Lorsqu'elle est mise en œuvre efficacement, l'évaluation environnementale est le principal instrument permettant aux détenteurs d'intérêts dans un projet, c'est-à-dire, les collectivités locales, les promoteurs, les organismes gouvernementaux, les ONGenvironnementales, etc., d'étudier et de concevoir ensemble des mesures favorisant un développement durable sur le plan de l'environnement. L'évaluation environnementale offre aux groupes touchés la possibilité d'influencer la conception d'un projet d'une façon propre à leur faire acquérir un sentiment de propriété par rapport au projet en question. L'expérience démontre que la participation communautaire augmente l'efficacité de toute activité sur le terrain. Il peut arriver, par exemple, que l'emplacement de certains bâtiments ou installations soit mal choisi parce qu'il empiète sur des lieux sacrés. En outre, les collectivités ont habituellement leur opinion bien à elles quant à la meilleure utilisation de leurs ressources locales. Ces facteurs peuvent très bien ne pas dicter un choix optimal du point de vue économique, ou même écologique, mais c'est le dialogue entre les détenteurs d'intérêts qui permet d'en arriver à un choix optimal du point de vue social.
Le concept d'accroissement des capacités. Dans le présent document, « accroître les capacités » veut dire créer, rehausser et mobiliser les ressources humaines, organisationnelles, institutionnelles et financières en vue d'accomplir une tâche donnée. Dans le contexte du développement durable sur le plan environnemental, l'accroissement des capacités est un processus à long terme englobant toute une gamme d'activités particulières conçues dans le but d'améliorer la capacité des personnes, des organismes et des sociétés à gérer leur environnement.
Les activités d'accroissement des capacités en matière d'évaluation environnementale ne peuvent être envisagées séparément des activités d'accroissement des capacités relatives à la gestion environnementale dans son ensemble. On ne peut pas non plus penser à renforcer les capacités de gestion environnementale d'une façon qui ne soit pas reliée à l'économie et à la société. À titre d'exemple, les sommes investies au profit des capacités de gestion environnementale pourraient être fort mal dépensées si la collectivité manifeste peu de souci ou d'initiative au sujet des problèmes environnementaux ou en raison d'un manque de stabilité politique.
Pour que les sociétés acquièrent la capacité de gérer leurs ressources environnementales de façon durable, il faut d'abord que soient remplies certaines conditions. Voici les plus importantes :
Ces conditions sont le lieu d'interactions majeures. L'amélioration de l'une des conditions peut rehausser l'efficacité des autres, et la détérioration de l'une peut amoindrir l'efficacité des autres. La figure 1 illustre certaines des interactions entre ces conditions.
Cette optique « systémique » de l'accroissement des capacités de gestion environnementale donne le cadre dans lequel il convient d'envisager l'accroissement des capacités en matière d'évaluation environnementale. Par ailleurs, pour réussir une évaluation environnementale efficace, il faut d'abord que certaines conditions particulières soient remplies. Les voici :
Ces aspects des capacités en matière d'évaluation environnementale sont souvent en relation de dépendance et de renforcement réciproques. Ainsi, même bien rédigées, les mesures législatives régissant l'évaluation environnementale n'auront aucune efficacité si le pays ne dispose pas de spécialistes en évaluation environnementale. Si les collectivités ne sont pas bien informées et consultées concernant les processus d'évaluation environnementale, les propositions ne pourront pas tirer profit des connaissances locales. La figure 1 montre les conditions nécessaires à l'existence de capacités en matière d'évaluation environnementale, ainsi que certains des liens entre ces conditions.
Figure 1. Une perspective systémique de l'accroissement des capacités d'évaluation environnementale
Cette optique systémique est importante, car elle est le cadre propre à une analyse des manières et des moyens à utiliser pour accroître les capacités d'évaluation environnementale en Afrique subsaharienne.
En Afrique subsaharienne, l'état des capacités en matière d'évaluation environnementale varie beaucoup d'un pays à l'autre. L'Afrique du Sud, qui dispose de processus bien élaborés et d'un nombre relativement important de spécialistes de l'évaluation environnementale, est un cas atypique. D'autres pays comme le Kenya, le Zimbabwe, le Ghana et le Nigeria ont acquis une expérience considérable en matière d'évaluation environnementale et disposent d'un noyau croissant d'experts-conseils et de cabinets de consultants du secteur privé ayant de l'expérience en évaluation environnementale et dans les domaines connexes. Mais la plupart des pays de l'Afrique subsaharienne ont une expérience très limitée de l'évaluation environnementale, peu ou pas de capacités institutionnelles particulières à l'évaluation environnementale, et un nombre faible (quoique souvent grandissant) de spécialistes dotés de capacités en matière d'évaluation environnementale.
En 1990, la Banque mondiale a procédé à l'examen de la capacité des pays d'Afrique subsaharienne a réaliser des évaluations environnementales. L'étude a révélé des limites importantes, même si certains pays en étaient à la rédaction de mesures législatives et que l'on assistait à l'acquisition de compétences en évaluation environnementale dans les secteurs public et privé. D'importants progrès ont été marqués depuis ce temps, grâce aux efforts considérables de certains pays et à l'aide de la Banque mondiale, du PNUD, du PNUE, de l'UICN, de l'Agence des États-Unis pour le développement international et de nombreux autres organismes, mais la moitié des pays de l'Afrique subsaharienne n'ont pas encore mené à bon terme leurs lois sur l'évaluation environnementale. La grande majorité des pays ont toujours de la difficulté à mettre à exécution les processus d'évaluation environnementale parce qu'ils ne disposent pas des ressources humaines, techniques et financières voulues, ni des ententes institutionnelles pertinentes.
Dans bien des pays d'Afrique, les problèmes de capacité tiennent autant d'une sous-utilisation ou d'une utilisation hétérogène des ressources disponibles que de leur rareté. Les gouvernements, par l'entremise de leurs universités et collèges, les organismes d'aide au développement et les ONG s'attachent depuis un bon moment à impartir des compétences en évaluation environnementale aux ressortissants de nombreux pays. Toutefois, la formation est souvent ponctuelle et dénuée de tout cadre stratégique à long terme. Les apprenants trouvent peu de possibilités d'accéder à une formation de suivi ou à une expérience pratique de l'évaluation environnementale. Lorsque des projets nécessitent une évaluation environnementale, les gouvernements et les donateurs ont tendance à faire appel à des experts-conseils internationaux venus des pays développés plutôt que de recourir aux experts du pays ou de la région. Cet état de choses entraîne trois conséquences : la formation devient une entreprise coûteuse qui ne donne pas les résultats escomptés; le personnel formé perd rapidement les compétences acquises; et les pays continuent de dépendre d'étrangers qui coûtent beaucoup plus cher que les experts locaux.
La carence en capacités nationales a mené à : a) une détérioration de la qualité et de l'exhaustivité de l'évaluation environnementale des projets proposés dans la région, b) une dépendance exagérée à l'égard d'experts-conseils étrangers pour effectuer les évaluations environnementales et un transfert insuffisant des connaissances internationales aux pays de la région, et c) des dommages évitables causés à l'environnement.
Les plus hauts échelons politiques ont admis la nécessité de rehausser les capacités nationales en matière d'évaluation environnementale. Tout d'abord, le programme 21 de la CNUED (1992) a donné une priorité élevée à cette mission. De façon plus concrète, les ministres africains responsables de l'environnement ont convenu officiellement de l'importance d'élargir le recours à l'évaluation environnementale dans la région et d'accroître les capacités nécessaires à la tâche. Lors de la conférence de haut niveau des ministres africains de l'environnement, organisée par le PNUE et tenue à Durban (Afrique du Sud), en juin 1995, les ministres et les hauts fonctionnaires participants ont désigné comme priorité immédiate « ...de promouvoir l'accroissement des capacités en se basant principalement sur le recours aux compétences et aux institutions africaines... ». Cette conférence des ministres africains de l'environnement a donné lieu à l'adoption d'un programme important pour l'accroissement des capacités en matière d'évaluation environnementale. Un extrait du communiqué des ministres figure à l'encadré 1.
Côté technique, un groupe d'experts africains, réunis en 1994 par l'organisme Earthcare Africa Monitoring Institute avec l'aide financière du PNUE, a élaboré un cadre d'évaluation de l'impact sur l'environnement (EIE) pour l'Afrique. Un résumé de ce cadre d'action figure à l'encadré 2.
Encadré 1 : Domaines d'action prioritaire immédiate en matière d'accroissement des capacités
Réunion ministérielle africaine sur l'évaluation de l'impact sur l'environnement
La réunion ministérielle a désigné les domaines suivants comme nécessitant une action prioritaire immédiate :
Source : Extraits du communiqué signé par toutes les délégations ministérielles présentes à la conférence ministérielle de haut niveau sur l'évaluation de l'impact sur l'environnement en Afrique. Durban, Afrique du Sud, juin 1995.
Encadré 2 : Proposition de cadre d'action pour l'évaluation de l'impact sur l'environnement en Afrique
Le cadre d'action inscrit l'évaluation de l'impact sur l'environnement dans le contexte du développement durable et du fait que les moyens d'existence des Africains dépendent étroitement de la façon dont les ressources sont gérées. Fondé sur l'observation du développement limité des capacités nationales en Afrique, le cadre d'action propose d'encourager le recours à des moyens d'existence et à un développement qui soient durables sur le plan environnemental, en réalisant une série d'objectifs :
Objectifs à long terme :
Objectifs à court terme (liés à des projets particuliers) :
Le cadre d'action reconnaît une série de conditions préalables à l'efficacité d'une évaluation de l'impact sur l'environnement : la volonté politique, un cadre juridique, des ressources de financement, le perfectionnement des ressources humaines, la participation de la population, et des fondements institutionnels. Le cadre d'action recommande, éventuellement, l'intégration étroite de l'évaluation de l'impact sur l'environnement à la préparation des projets (en mettant l'accent sur l'examen préalable et la détermination de l'importance des problèmes et des priorités), aux rapports sur les projets et à la mise en œuvre des projets.
L'énoncé du cadre d'action pour l'EIE en Afrique se termine sur ces lignes : « Lorsque les gens participent à leur propre développement, ils sont capables de trouver des moyens d'existence durables. La participation est possible dans un système socioéconomique et politique démocratique, responsable et transparent. Pour être durables, les projets de développement doivent tenir compte des facteurs économiques, sociopolitiques et environnementaux ».
La présente section a trait aux rôles réels et éventuels des différents intervenants (gouvernements, universités, organisations non gouvernementales, secteur privé et organismes donateurs) concernant l'évaluation environnementale et l'accroissement des capacités dans ce domaine en Afrique subsaharienne. Les contraintes imposées par le temps et les ressources n'ont pas permis une analyse exhaustive des activités actuelles de tous ces intervenants et de l'efficacité de leurs activités. Tout le monde s'accorde cependant sur un point : il existe bon nombre de mesures possibles qui permettraient d'améliorer l'efficacité des activités courantes et d'intensifier les efforts dans certains champs d'action.
Il y a des pays où certaines, voire la totalité de ces responsabilités ont été décentralisées et remises aux échelons provinciaux ou locaux. Le contexte de l'accroissement des capacités doit tenir compte de ces réalités. Toutefois, la plupart des pays de l'Afrique subsaharienne n'ont pas encore décrété de lois sur l'évaluation environnementale, et ils sont encore moins nombreux à s'être donné un processus distinctif d'évaluation environnementale. En outre, l'aptitude des institutions à mettre en œuvre un tel processus est généralement faible. Il s'ensuit que dans presque tous les pays, l'évaluation environnementale est exécutée uniquement lorsque l'exigent des parties de l'extérieur, telles que les organismes de développement multilatéral ou bilatéral. Par conséquent, plusieurs genres d'activités ne sont jamais soumises à l'évaluation environnementale et la demande de services de ce genre, qui pourrait amener la création de services d'experts-conseils nationaux dans le domaine de l'environnement, n'existe pas de manière soutenue. L'absence de structure institutionnelle et de cadre de réglementation à l'appui de l'évaluation environnementale est donc aujourd'hui l'une des principales entraves à l'accroissement des capacités dans un bon nombre de pays de l'Afrique subsaharienne. C'est un problème qu'il faudra régler entièrement dans le contexte de l'accroissement des capacités. Il n'en apparaît pas moins certains indices encourageants de changement : plus de la moitié des pays de l'Afrique subsaharienne en sont à l'une ou l'autre étape de l'élaboration de projets de loi ou de politiques en matière d'évaluation environnementale.
La plupart des pays de l'Afrique subsaharienne sont en voie d'élaborer ou ont déjà mis au point une stratégie nationale de conservation ou un plan national d'action environnementale. Ces travaux donnent un aperçu stratégique des enjeux et des priorités en matière d'environnement. Certains de ces pays manifestent maintenant l'intention de poursuivre la tâche au niveau suivant, celui du plan local d'action environnementale et des démarches stratégiques locales en vue de formuler des politiques et d'accroître les capacités. Ces efforts tactiques visant à améliorer la gestion environnementale peuvent être d'une très grande utilité au moment de concevoir les méthodes précises, axées sur les besoins, qui serviront à accroître les capacités en matière d'évaluation environnementale.
Les universités sont des atouts précieux en ce qui concerne l'accroissement des capacités en matière d'éducation et de connaissances scientifiques. Elles apportent un élément important aux débats sur l'environnement, même si leur contribution est soumise à des contraintes financières et autres1. L'université centre ses activités sur des disciplines bien précises. Étant donné que les besoins de l'évaluation environnementale (et de la gestion de l'environnement en général) exigent une démarche multidisciplinaire, un nombre important d'universités ont répondu à la nécessité d'une formation interdisciplinaire en gestion environnementale en créant des programmes ou des centres d'études spécialisés dans le domaine. Certaines universités offrent des services d'experts-conseils. Il y a également des établissements non reliés au monde universitaire qui ont mis sur pied des programmes de gestion de l'environnement. La Partie trois du présent rapport examine plus en détail le rôle des universités et des autres centres de recherches dans l'accroissement des capacités en matière d'évaluation environnementale.
De même qu'une action gouvernementale de réglementation et de mise en application est un préalable essentiel au fonctionnement efficace de l'évaluation environnementale, de même, des compétences spécialisées sont indispensables à la réalisation des évaluations environnementales. Dans la plupart des pays, ces compétences proviennent du secteur privé en réponse à la demande créée par les exigences de l'évaluation environnementale. Tel que mentionné plus haut, les universités et les autres centres de recherches peuvent aussi offrir ce genre de services, ou servir de « centre nerveux » de réseaux pour les spécialistes du secteur privé.
Présentement, l'Afrique subsaharienne compte un certain nombre d'experts-conseils du secteur privé dotés de compétences en matière d'évaluation environnementale, disséminés sur l'ensemble du territoire. Ces experts ne suffisent pas encore à répondre adéquatement aux besoins particuliers de l'évaluation environnementale, pas plus que ne le peuvent d'autres entités qui auraient pu offrir des services dans ce domaine. Cette situation est attribuable en grande partie au fait que peu de pays exigent des évaluations environnementales (voir plus haut), mais l'apport éventuel du secteur privé national est également restreint, dans une certaine mesure, par le fait que les organismes donateurs et les sociétés internationales sont très peu au courant des capacités locales et nationales. Les gouvernements et les organismes d'aide au développement en quête de compétences en évaluation environnementale sont toujours fortement portés à les chercher à l'extérieur de l'Afrique subsaharienne. Certains organismes d'aide au développement ont aussi des lignes de conduite qui les obligent à embaucher des personnes de leur pays de base même lorsque les compétences voulues sont présentes localement dans le pays aidé. Enfin, dans les cas soumis à une procédure d'appel d'offres ouverte, la tendance est d'attirer les praticiens les plus chevronnés et les plus concurrentiels, ce qui dénie souvent aux experts locaux la possibilité de participer aux travaux et d'acquérir ainsi l'expérience et les compétences nécessaires pour affronter avec succès la concurrence internationale.
Les ONG, de bien des façons, ont été le fer de lance des efforts de protection de l'environnement en Afrique, mais la plupart ne se sont jamais mêlées d'évaluation environnementale. Certaines d'entre elles commencent néanmoins à s'intéresser à cet outil en raison de la reconnaissance grandissante de sa valeur, et du fait que les donateurs demandent de plus en plus l'exécution d'évaluations environnementales. Voici quelques exemples intéressants :
Il est évident que les ONG pourraient jouer un rôle plus substantiel dans l'accroissement des capacités d'évaluation environnementale en Afrique subsaharienne. Plusieurs d'entre elles sont en mesure de mettre des compétences techniques ciblées et pertinentes au service de l'élaboration des mesures législatives et des réglementations ainsi que de la formation en évaluation environnementale. Elles peuvent aussi aider à la création et au maintien de réseaux de praticiens, et former des partenariats avec les autres ONG, les organismes d'aide au développement et les gouvernements en vue d'accomplir des tâches particulières. Les ONG dotées d'une base locale ou nationale en Afrique peuvent apporter une contribution énorme pour ce qui est de sensibiliser plus fortement les populations aux questions environnementales et de promouvoir l'intégration de l'évaluation environnementale à la planification du développement. Cette action pourrait se faire au cas par cas et aussi viser l'élaboration des lois et règlements pertinents. Une fois les systèmes d'évaluation environnementale bien en place, les ONG gardent un rôle essentiel à jouer lors des processus de consultation publique.
Les organismes d'aide multilatérale et bilatérale au développement peuvent remplir des fonctions importantes en matière d'accroissement des capacités d'évaluation environnementale, par exemple :
Un bon nombre d'organismes d'aide au développement appuient déjà l'accroissement des capacités d'évaluation environnementale en Afrique subsaharienne. Dans certains cas, le soutien se traduit par l'offre de cours de formation spécialisée; dans d'autres, il peut s'agir de programmes à plus long terme visant le renforcement des capacités en gestion de l'environnement. L'encadré 3 donne des exemples de l'appui de plusieurs organismes à l'accroissement des capacités. Un problème généralement admis vient du fait que les diverses activités financées par les organismes manquent souvent de coordination, même au sein d'un même pays. Un des défis à relever immédiatement est de régler ce problème et d'adopter des démarches coordonnées et uniformes qui tiennent pleinement compte des besoins de chaque pays.
Encadré 3 : Exemples d'activités appuyées par les organismes d'aide au développement en vue d'accroître les capacités d'évaluation environnementale
Un certain nombre d'organismes d'aide multilatérale et bilatérale au développement apportent un soutien financier à la formation en évaluation environnementale et à d'autres activités visant l'accroissement des capacités dans ce domaine en Afrique subsaharienne. En voici quelques exemples :
Le Banque mondiale et la Banque africaine de développement ont financé des ateliers de formation en évaluation environnementale dans plusieurs pays de l'Afrique subsaharienne, en axant leur action surtout sur la formation des formateurs. Les cours étaient souvent reliés à des projets précis financés par ces deux institutions. La Banque mondiale participe également à plusieurs projets de renforcement des lois et règlements visant l'environnement, des projets qui comprennent un élément d'accroissement des capacités d'évaluation environnementale (par exemple, au Bénin, en Gambie, au Ghana, à Madagascar et au Nigeria). L'institut de développement économique de la Banque mondiale, qui se spécialise dans la prestation de programmes de formation dans les pays qui empruntent de la Banque, n'offre pas actuellement de cours d'évaluation environnementale comme tels, mais présente cette matière dans le cadre de plusieurs de ses programmes de formation en économie environnementale et en évaluation de projets.
Le Programme des Nations Unies pour l'environnement (PNUE) encourage activement l'accroissement des capacités d'évaluation environnementale. En 1995, le PNUE était l'hôte de la Conférence ministérielle de haut niveau, à Durban. Il a organisé nombre d'ateliers de formation, dont un des plus récents s'est tenu au Gabon en décembre 1995, et aide à accroître les capacités régionales de surveillance de l'environnement grâce au Système mondial de surveillance continue de l'environnement et à la Base de données sur les ressources mondiales. En 1996, le PNUE a également diffusé un manuel de formation en évaluation environnementale.
Le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) joue un rôle important dans le domaine de l'accroissement des capacités en général. Le PNUD a aussi organisé une série d'ateliers de deux semaines de formation en évaluation environnementale dans plusieurs pays de l'Afrique subsaharienne.
L'Agence canadienne de développement international (ACDI), par l'entremise du Programme de gestion des ressources naturelles au Zimbabwe, finance l'accroissement des capacités d'évaluation environnementale dans ce pays et apporte un soutien semblable à la Zambie. L'ACDI appuie également un projet d'accroissement des capacités d'évaluation environnementale en Afrique du Sud; la mise en œuvre de ce projet est une entreprise conjointe de l'université de Cape Town et de l'université de Guelph (Ontario).
Le programme néerlandais d'aide au développement participe depuis plusieurs années à l'accroissement des capacités d'évaluation environnementale. Il administre, entre autres, un programme permanent dans ce domaine au Burkina Faso.
L'Agence des États-Unis pour le développement international (USAID) met actuellement en œuvre un programme de formation en évaluation environnementale en Afrique. Le programme est destiné aux fonctionnaires de l'Agence, au personnel local et aux exécutants de projets dans ce domaine. Au moyen de son « initiative pour l'Afrique australe », USAID appuie l'expansion des capacités d'évaluation environnementale dans plusieurs pays membres de la Conférence de coordination pour le développement de l'Afrique australe. En outre, l'Agence accorde un soutien financier au réseau pour l'environnement et le développement durable en Afrique (NESDA) et réalise actuellement un projet (AfricaLink) qui facilitera l'acquisition de la technologie du courrier électronique, une question relevant de celle des réseaux qui fera l'objet d'une analyse à la Partie trois du présent document.
Cette partie du rapport examine, d'un point de vue régional et sous-régional, trois mécanismes pouvant servir à faciliter l'accroissement des capacités d'évaluation environnementale. La Partie quatre examinera la situation pays par pays. Les mécanismes étudiés sont les suivants : les centres sous-régionaux d'accroissement des capacités d'évaluation environnementale; les réseaux de spécialistes aptes et intéressés à l'évaluation environnementale; et les partenariats stratégiques entre organismes engagés dans l'accroissement des capacités d'évaluation environnementale. Dans la pratique, l'élaboration de toute démarche stratégique visant l'accroissement des capacités en Afrique subsaharienne doit se baser sur une réflexion hiérarchisée selon laquelle les actions prises au niveau régional ou sous-régional servent de complément aux actions prises au niveau du pays.
La présente section examine le rôle actuel et éventuel des établissements d'enseignement supérieur et de recherche comme centres de ressources pour l'accroissement des capacités d'évaluation environnementale. Il n'est pas question d'évaluer les centres existants, mais plutôt de cerner certaines questions qu'il faut analyser si ces centres doivent devenir des intervenants importants dans l'accroissement des capacités.
Au cours des 20 dernières années, un nombre appréciable d'universités, surtout en Afrique anglophone, ont fondé des centres d'études environnementales. En voici quelques exemples :
En plus de ces centres, un certain nombre d'autres universités offrent des programmes d'études interdisciplinaires axés sur l'environnement. En voici des exemples :
La liste est moins longue en Afrique francophone, qui dispose néanmoins de quelques centres importants, dont :
De par sa nature, l'évaluation environnementale exige que les praticiens soient au fait de l'apport des sciences naturelles, physiques et sociales, connaissent à fond les outils et les méthodes de l'évaluation environnementale, et comprennent les besoins et la culture des collectivités au sein desquelles ils accomplissent leur travail. Ces exigences sont autant d'arguments en faveur de praticiens dotés d'antécédents en recherche, de compétences techniques et d'expérience pratique de travail.
Encadré 4 : Université Makerere (Ouganda) : Recherche et formation en environnement
Fondé en 1987, l'institut des ressources environnementales et naturelles de l'université Makerere, en Ouganda, encourage la recherche et la formation en gestion des ressources environnementales et naturelles. L'institut entretient des relations étroites avec le gouvernement et le ministère des Ressources naturelles de l'Ouganda, ainsi que des liens solides avec les organismes donateurs et d'autres établissements d'enseignement locaux et étrangers. Voici ce qu'on y offre :
Encadré 5 : Exemple d'un centre offrant des services environnementaux
l'université de Cape Town
L'unité d'évaluation environnementale de l'université de Cape Town est une entité autonome offrant des services environnementaux à l'échelle internationale. Voici les activités principales de l'unité :
Les champs de spécialisation de l'unité comprennent :
Les services de consultation de l'unité d'évaluation environnementale s'appuient sur le personnel, le matériel et les ressources de l'université de Cape Town. L'unité vient en aide à l'État et au secteur privé. Elle participe également à des programmes d'accroissement des capacités dans d'autres parties de l'Afrique australe et a conclu un partenariat avec l'université de Guelph, au Canada, visant la mise en commun d'une part des activités d'accroissement des capacités.
Les établissements qui préparent leurs étudiants à travailler dans le domaine de l'évaluation environnementale devraient donc répondre à certains critères, et se caractériser par :
En Afrique subsaharienne, il se peut que bien des établissements aient de la difficulté à répondre à tous ces critères. Tout le monde connaît les problèmes auxquels font face de nombreuses universités d'Afrique : ressources limitées, bas salaires et perte de personnel, moral faible, politisation, instabilité politique, etc. Ces problèmes permettent de croire que les centres devraient avoir, grosso modo, un rôle relativement indépendant des structures universitaires. Ils soulignent peut-être également l'importance de trouver des sources de revenu non reliées au financement gouvernemental (par exemple, en offrant des services de consultation) et de forger de solides liens-réseaux et des accords de coopération avec d'autres établissements aux capacités semblables ou complémentaires.
Encadré 6 : Le centre camerounais d'études sur l'environnement et le développement
Le centre camerounais d'études sur l'environnement et le développement, à l'université de Dschang, est le fruit d'une coopération entre l'ex-ministère de l'éducation supérieure, de l'informatique et de la recherche scientifique du Cameroun et l'université de Leiden, aux Pays-Bas. Le centre est financé conjointement par les gouvernements camerounais et néerlandais. Ses activités principales sont la formation, l'enseignement supérieur et la recherche scientifique. On y offre des programmes de formation intensive, notamment sur les méthodes et les processus de l'évaluation environnementale. La formation est destinée aux étudiants des autres départements de l'université et au personnel de l'ex-ministère et d'autres organismes. Le centre est un lieu de recherche pour les étudiants camerounais et néerlandais aux études supérieures et il abrite également un centre de documentation et des services de consultation. Le partenariat entre le centre d'études et l'université de Leiden semble apporter des avantages substantiels aux deux parties.
Il ne fait aucun doute que les centres spécialisés dans la formation et les services en évaluation environnementale sont un élément essentiel de toute stratégie d'accroissement des capacités dans ce domaine en Afrique subsaharienne. Seuls des établissements de ce genre peuvent assurer la continuité nécessaire au renforcement graduel des capacités professionnelles dans les secteurs public et privé et accumuler des bases de données et des « mémoires » d'expérience pratique enracinées dans la région même. Ils peuvent également servir de « centres nerveux » en vue de la création et du maintien de réseaux professionnels.
Une étape critique de l'accroissement des capacités pourrait donc fort bien consister à repérer un petit nombre d'établissements engagés et capables, pouvant servir de centres d'accroissement des capacités d'évaluation environnementale dans différentes sous-régions (des régions déterminées selon les frontières linguistiques et des limites écorégionales à définition large).
Les réseaux sont des groupes de personnes ou d'organismes ayant des intérêts communs et communiquant entre eux au sujet des ces intérêts. L'apport principal des réseaux à l'accroissement des capacités tient au fait qu'ils facilitent la circulation rentable de l'information. Les avantages à en tirer comprennent :
Les réseaux peuvent être officiels ou informels. Ils peuvent se limiter à faciliter la circulation des renseignements, ou remplir une fonction plus substantielle concernant des activités particulières et visant des résultats précis. Selon l'expérience de l'UICN, qui est elle-même un réseau de plus de 800 membres, les réseaux les plus efficaces présentent les caractéristiques suivantes :
Un des traits caractéristiques des réseaux est qu'ils peuvent être très organiques et s'étendre ou se contracter selon les besoins et sous l'effet d'autres facteurs. Cette nature dynamique des réseaux est une de leurs qualités positives, mais les réseaux peuvent aussi être vulnérables, surtout aux premières étapes, et avoir besoin d'un appui extérieur pour survivre. Les réseaux de spécialistes des pays développés sont financés par les membres de la profession, qui sont habituellement des personnes bien rémunérées. Il faut souvent adhérer officiellement à un réseau, et les frais sont habituellement déductibles du revenu imposable. La situation est généralement très différente dans les pays en développement.
Une utilisation efficace de la technologie du courrier électronique (et plus couramment d'Internet) peut améliorer fondamentalement la communication au sein des réseaux. Un nombre important de pays d'Afrique ont déjà accès à Internet. L'accès personnel à ce moyen de communication augmentera probablement de façon remarquable et la fiabilité des connexions nécessaires au courrier électronique sera rehaussée grâce à l'initiative AfricaLink de l'Agence des États-Unis pour le développement international (USAID) et à d'autres programmes. Le courrier électronique ouvre tout un éventail de possibilités. Les centres d'études environnementales pourraient, par exemple, l'utiliser pour l'apprentissage à distance, et des logiciels sont en voie d'élaboration pour la traduction simultanée de réunions électroniques. C'est une technologie qui faciliterait les échanges de renseignements entre les régions anglophones, francophones et lusophones de l'Afrique.
Il existe déjà un bon nombre de réseaux en Afrique (en voir des exemples à l'encadré 7), et certains d'entre eux, comme le Réseau pour l'environnement et le développement durable en Afrique (NESDA) ont un rayonnement panafricain. D'autres réseaux sont de nature internationale, sous-régionale ou locale. L'International Association for Impact Assessment (IAIA) est un réseau international reliant des praticiens de l'évaluation environnementale dans plusieurs pays, y compris des pays d'Afrique. Une occasion importante se présente d'étendre les réseaux existants et d'en créer de nouveaux, conçus pour répondre à des besoins précis. Ainsi, par exemple, en formant, au sein d'un réseau, un noyau d'experts en stratégie, on pourrait offrir, à court terme, de l'aide technique et de la formation à des équipes de stratégie de pays particuliers, pour faire avancer l'accroissement des capacités en matière d'évaluation environnementale.
Le communiqué diffusé à la suite de la Conférence ministérielle africaine de haut niveau, en juin 1995, désignait comme priorité immédiate la création d'un réseau africain d'experts en évaluation environnementale. On y proposait de former le réseau à partir des réseaux existants et on demandait aux pays et organismes donateurs de chercher officiellement la méthode qui conviendrait à une telle entreprise.
Encadré 7 : Exemples de réseaux à thème environnemental en Afrique subsaharienne
Réseau de l'ICIPE (centre de recherches intergouvernemental) pour l'accroissement des capacités. Ce centre international de recherches sur la physiologie des insectes et l'écologie, fondé à Nairobi en 1980, étend son rayonnement sur tout le continent africain. Ses activités consistent à coopérer à des projets de recherches par delà les frontières géographiques et institutionnelles. Sa nature intergouvernementale et son expérience du réseautage ont permis à l'ICIPE de servir de centre nerveux non seulement de la recherche sur les arthropodes, mais aussi de l'accroissement des capacités en Afrique. Le centre s'est mérité une réputation internationale dans le domaine de la gestion intégrée des insectes nuisibles et dans celui des stratégies de lutte biologique contre les vecteurs des maladies transmises par les insectes et contre les parasites des végétaux. Présentement, l'ICIPE dirige la formation d'étudiants aux études supérieures, en partenariat avec 30 universités africaines, et prévoit étendre ce programme très fructueux à un plus grand nombre d'universités afin d'intensifier ses activités d'accroissement des capacités en recherche sur la biodiversité en Afrique.
Groupe africain de recherche et de consultation sur l'environnement. Il s'agit d'un réseau du secteur privé dont la mission première est « d'aider à promouvoir une solide protection de l'environnement et de la santé humaine en Afrique ». Le groupe est « un consortium de scientifiques et d'experts en ingénierie et de spécialistes du développement de l'Afrique, dont la plupart sont installés aux États-Unis. L'organisme, dans une action qui dépasse les frontières multimédiatiques, s'emploie diligemment à régler des problèmes environnementaux prioritaires tels que la pollution de l'eau, la contamination des nappes phréatiques et les difficultés qui entravent l'adoption des applications technologiques, afin d'atténuer les dommages environnementaux et de protéger la santé humaine ». (traduction libre)
Afri-Mac. Un expert-conseil zambien en gestion des affaires, retraité, a créé un réseau de spécialistes d'Afrique orientale et australe en évaluation environnementale. Le réseau, qui fonctionne comme une entreprise privée de services de consultation générale (Afri-Mac Consultants) tient une base de données sur les experts environnementaux de la Zambie, du Zimbabwe, du Cameroun, de la Tanzanie, de l'Afrique du Sud et du Kenya.
Réseau pour l'environnement et le développement durable en Afrique (NESDA). Ce réseau africain dont l'administration centrale se trouve à Abidjan, en Côte d'Ivoire, offre des ressources et un forum aux experts africains en gestion environnementale. Bien que fondé et dirigé à l'origine par un organisme donateur, le réseau est devenu récemment une organisation non gouvernementale nationale et autonome, dont les activités comprennent :
Il est fort probable que le réseau NESDA est appelé à jouer un rôle grandissant d'animateur, de catalyseur pour les initiatives d'accroissement des capacités, et de centre d'un système de réseaux.
Les partenariats sont essentiels à tous les niveaux pour faire progresser les capacités d'évaluation environnementale en Afrique subsaharienne. Aucun organisme ne dispose des ressources et des compétences nécessaires pour produire les résultats voulus à lui seul. Il faut des partenariats créateurs entre les gouvernements et les organismes donateurs, entre les ONG et le secteur privé, entre les organismes donateurs et les établissements d'enseignement, entre les réseaux et le secteur privé, etc. Il y a de bonnes raisons de chercher des possibilités de créer et de renforcer les partenariats, notamment parce que :
Le partenariat n'est pas la recette infaillible de la réussite. Il y a souvent des différences marquées entre les partenaires éventuels sur le plan des ressources, et aussi sur celui de l'influence, du rôle, des objectifs à long terme, de la culture et des méthodes. Les partenariats qui donnent les résultats attendus présentent habituellement un certain nombre de traits caractéristiques, dont les suivants :
Un partenariat peut être informel, mais la présence de règles fondamentales de fonctionnement acceptées par tous les participants atténue le risque de malentendus et d'attentes déraisonnables. Dans certains cas, il pourra suffire d'établir des règles communes au moyen de discussions et de conclure l'alliance par une simple poignée de main. La plupart du temps, toutefois, il convient d'user d'instruments plus officiels tels que des contrats, des échanges de lettres, des protocoles d'ententes, etc. L'encadré 8 contient la description d'un partenariat fructueux dans le domaine de l'évaluation environnementale entre l'UICN et le PNUE. Le présent document de travail est lui-même le fruit concret d'un partenariat entre l'UICN et la Banque mondiale.
Encadré 8 : Le partenariat UICN-PNUE
L'UICN (Union mondiale pour la nature) et le PNUE (Programme des nations Unies pour l'environnement), chacun de son côté, ont reconnu le besoin de matériel de formation générale en évaluation environnementale et l'ont intégré à leurs programmes de travail. En juin 1994, lors du « Sommet sur l'évaluation environnementale », les deux organismes et la Banque mondiale ont discuté de cette idée avec toute une gamme de partenaires possibles. Les discussions ont donné naissance à un projet coordonné par le PNUE avec l'aide technique et financière de l'agence australienne de protection de l'environnement. Des spécialistes de l'UICN, du PNUE, du PNUD, de la Banque mondiale et de l'ACDI et un certain nombre d'experts en évaluation environnementale venus de pays en développement ont mis leur expérience à contribution pour élaborer le matériel de formation désiré. Le produit de ce partenariat, un manuel de formation, devrait devenir un outil de première importance pour l'accroissement des capacités d'évaluation environnementale en servant de ressource pour aider différents groupes à concevoir des cours qui répondent à leurs besoins particuliers. Le PNUE s'occupe maintenant de la diffusion du manuel.
Les toutes premières étapes de l'accroissement des capacité d'évaluation environnementale devraient étudier avec soin les possibilités de partenariat, officiel aussi bien qu'informel. À titre d'organes de financement, les organismes donateurs sont investis d'une responsabilité toute particulière à cet égard. Les partenariats peuvent mener à une meilleure coordination de la planification et de l'exécution des activités, à une utilisation plus efficace des ressources en regroupant les forces compatibles, et à l'allégement du fardeau imposé aux capacités d'absorption existantes des pays récepteurs, en réduisant les coûts des opérations.
Presque tous les pays de l'Afrique subsaharienne ont déjà une certaine expérience de l'évaluation environnementale, et la plupart d'entre eux disposent de capacités variées dans ce domaine. L'argument du présent document en faveur de l'adoption de démarches stratégiques pour accroître les capacités d'évaluation environnementale ne préconise pas de repartir à zéro ou de cesser toutes les activités en cours de réalisation. Il encourage cependant les personnes et les organismes engagés dans l'évaluation environnementale à se pencher avec attention sur les divers composants intimement reliés des capacités d'évaluation environnementale, et à adopter des démarches qui aident à assurer la durabilité du processus d'accroissement des capacités. Les pays qui n'ont encore rien fait dans ce domaine pourraient se voir obligés de se donner une nouvelle stratégie; dans les pays qui ont déjà commencé à mettre en œuvre un processus d'évaluation environnementale, il pourra s'agir d'y apporter des changements mineurs. Un des avantages de la démarche stratégique est qu'elle définit les différents éléments du processus et facilite ainsi le recours à une ligne de conduite selon laquelle l'aide provient de plusieurs donateurs.
L'argument en faveur d'une démarche stratégique vers l'accroissement des capacités d'évaluation environnementale ne veut pas dire qu'il faut toujours des ressources importantes. Dans certains pays, les capacités actuelles sont peut-être si peu développées que toute initiative locale pourrait être écrasée par des activités de grande envergure visant l'accroissement des capacités. Une démarche stratégique tiendrait compte des réalités de chaque pays et du caractère à long terme de l'accroissement des capacités. Elle se fonderait sur les capacités existantes, les renforçant et les accroissant à un rythme qui convient aux conditions locales.
La conception d'un programme d'accroissement des capacités d'évaluation environnementale destiné à un pays en particulier doit être adaptée à la situation environnementale, économique, sociale et politique du pays en question. Les conditions qui règnent dans le pays, ainsi que l'engagement et l'intérêt exprimés par son gouvernement, sont les facteurs qui dicteront, dans une large mesure, i) l'ampleur relative du besoin d'accroissement des capacités dans un pays par rapport aux autres, ii) ce qu'on peut espérer raisonnablement accomplir dans tel ou tel pays, et iii) ce que devrait être le point de concentration de tout effort d'accroissement des capacités. Une bonne compréhension de ces facteurs peut donc aider à établir des priorités d'action claires, basées sur les besoins réels et sur ce qui est faisable dans les conditions présentes, et à concevoir des programmes rentables et axés sur des objectifs précis. La présente section explique comment certaines conditions fondamentales en place dans un pays peuvent être intégrées à l'élaboration de programmes stratégiques d'accroissement des capacités d'évaluation environnementale.
Pendant les périodes de conflit ou de crise, toute action significative est malheureusement impossible sur le plan de l'accroissement des capacités en matière d'évaluation environnementale ou de tout aspect de la gestion de l'environnement. Tout plan visant l'accroissement des capacités de pays comme l'Angola, le Libéria, le Rwanda, le Burundi et le Soudan doit donc être remis à plus tard, lorsque la situation politique interne de ces pays permettra de prendre des mesures effectives dans ce domaine comme dans d'autres. Malgré les difficultés ambiantes, il n'en reste pas moins possible, surtout pour les organismes d'aide au développement et les ONG internationales, de commencer à préparer des initiatives futures en essayant d'approfondir les connaissances relatives aux principaux défis que doivent affronter ces pays et de déterminer des méthodes possibles pour arriver à les relever à moyen et à long termes. Il est tout spécialement important de se pencher sur les défis pouvant être reliés, à titre de cause ou d'effet, à la situation d'instabilité politique. L'évaluation environnementale pourra avoir, ou non, une fonction dans ce genre de scénario. Ainsi, si une dispute au sujet de ressources précieuses comme le pétrole ou d'autres minéraux est au centre même d'un conflit armé, l'évaluation environnementale devrait constituer un élément important de tout système de gestion des ressources en temps de paix.
Si le climat politique est relativement stable, ont trouvera fort probablement de bonnes possibilités d'élargir les capacités d'évaluation environnementale. Les régimes démocratiques sont tout particulièrement propices à la mise en place des processus d'évaluation environnementale, qui sont eux-mêmes, par définition, ouverts et consultatifs. L'évaluation environnementale pourrait aussi être l'un des nombreux instruments de l'instauration de méthodes démocratiques et participatives au niveau local, quoique ces instances doivent toujours être traitées avec beaucoup de diplomatie.
En règle générale, l'évaluation environnementale est entreprise au sujet de projets d'investissement ponctuels ayant des effets environnementaux et sociaux importants. Si aucun projet de ce genre n'est proposé, la demande d'évaluation environnementale sera pratiquement inexistante. Il y a donc un rapport évident et étroit entre, d'une part, la taille, la force et la structure de l'économie d'un pays et, d'autre part, la nécessité d'un processus d'évaluation environnementale. Plus l'économie est riche et puissante, plus elle sera axée sur des activités comportant un élément de construction, par exemple, sur l'extraction des ressources naturelles ou la conversion d'habitats naturels en vue d'une fonction économique, et plus ce pays aura besoin de l'évaluation environnementale, au moins dans une perspective de gestion de l'environnement. Cette dernière remarque peut paraître trop évidente pour mériter d'être exprimée, mais il demeure important de l'intégrer à toute démarche stratégique visant l'accroissement des capacités d'évaluation environnementale.
À une époque de maigres ressources financières, tant pour les organismes d'aide au développement que pour les pays africains, les présentes réflexions donnent à penser que, toutes choses étant relativement égales en ce qui concerne des facteurs comme la stabilité politique et la force des institutions, les ressources destinées à l'accroissement des capacités devraient être dirigées vers les pays qui ont le plus besoin de services d'évaluation environnementale parce que leur économie est, toutes proportions gardées, importante ou en pleine croissance. Cela ne veut pas dire que les pays dont l'économie est petite et à croissance minime ou négative ne subissent pas de détérioration de l'environnement ou n'ont pas besoin d'aide pour combattre cette détérioration. Cela veut simplement dire que le mécanisme d'évaluation environnementale peut être l'objet d'une demande ou d'un besoin plus immédiat dans les pays dont l'économie est plus dynamique. Par ailleurs, les pays qui expriment un intérêt et un engagement solides envers l'accroissement de leurs capacités d'évaluation environnementale devraient être aidés dans ce domaine, quels que soient la taille et le rendement de leur économie.
Voilà l'un des principaux facteurs sur lesquels repose la conception d'une stratégie d'accroissement des capacités d'évaluation environnementale dans un pays. D'abord, s'il y a un système en place et qu'il fonctionne bien, il est probable que le pays en question n'aura besoin d'aucun appui extérieur pour accroître ses capacités. Comme on l'a vu plus haut, l'existence même d'exigences qui sont respectées et appliquées par l'État crée dans le marché une demande de services d'évaluation environnementale, ce qui mène souvent à la création ou à l'expansion d'une industrie de la consultation environnementale dans le secteur privé. Il faut admettre cependant que peu de pays, et peut-être même pas un seul pays de l'Afrique subsaharienne en sont à ce stade. La plupart n'ont instauré aucune mesure législative sur l'évaluation environnementale et se caractérisent par la faiblesse de leurs institutions en la matière. Certains se sont dotés d'une loi ou d'une réglementation à cet égard, mais il leur reste encore à mettre en place un processus d'application systématique pour les projets d'investissement. Quelques pays se sont donné des lois et des méthodes d'évaluation environnementale et sont en voie de les mettre en application. Pour ces pays, les principaux défis à relever sont souvent les restrictions financières et le manque de pouvoir institutionnel de leurs agences environnementales pour assurer le contrôle et la mise à exécution des mesures législatives.
Il va sans dire qu'avant toute tentative pour lancer un programme d'accroissement des capacités, il est essentiel de comprendre à fond le cadre institutionnel et de réglementation d'un pays en matière d'évaluation environnementale. La nécessité, ou non, de faire quelque chose, la définition des mesures à prendre, l'urgence relative de l'action, etc. sont tous des éléments qui seront déterminés en grande partie par cette compréhension du système existant, conjuguée à des considérations touchant la stabilité politique et la taille, la vigueur et la structure de l'économie.
En se basant sur l'analyse ci-dessus, il serait possible de concevoir des stratégies de réaction bien précises pour chaque pays de l'Afrique subsaharienne, en fonction des conditions prédominantes dans chacun. Il convient cependant de tempérer les résultats de ce genre d'analyse par l'inclusion d'un facteur fort important, celui de l'intérêt et de l'engagement exprimés par les gouvernements.
D'un côté, les pays caractérisés par (i) une situation politique instable, (ii) une économie faible et (iii) l'absence de cadre institutionnel et de réglementation en matière d'évaluation environnementale, ne seraient pas des candidats de premier choix comme destinataires d'une aide immédiate à la mise en place du cadre nécessaire, ni d'un investissement dans la formation généralisée en évaluation environnementale. À l'autre extrémité de la courbe, on retrouverait des pays caractérisés par (i) une situation politique stable, (ii) une économie relativement vaste et dynamique et (iii) la présence d'un cadre d'évaluation environnementale. Ces pays n'auraient probablement pas grand besoin d'aide pour renforcer leurs règlements en matière d'évaluation environnementale, mais il pourrait s'y révéler une demande considérable de formation dans le domaine afin de fortifier leurs institutions et leurs compétences spécialisées nationales en évaluation environnementale dans le secteur privé.
Entre ces deux extrêmes apparaît un certain nombre de combinaisons possibles de conditions appelant des stratégies de réaction différentes. Ainsi, par exemple, les pays politiquement stables, à croissance économique positive, mais qui ne disposent actuellement d'aucune loi ou règle en matière d'évaluation environnementale pourraient constituer des candidats de premier choix en vue d'un effort concerté pour mettre en place un système d'évaluation environnementale conçu spécialement pour répondre aux besoins locaux. Si l'économie dépend dans une large mesure d'un ou deux secteurs tributaires de l'environnement, tout programme de formation en évaluation environnementale devrait peut-être être adapté à ces secteurs, et ce, même en ce qui concerne la formation au niveau stratégique, c'est-à-dire, en vue de l'évaluation des politiques relatives à ces secteurs en particulier. Les pays dont le rendement économique est faible et qui n'ont pas de système d'évaluation environnementale pourraient avoir besoin d'un processus leur permettant d'instaurer graduellement des exigences dans ce domaine relativement à certains genres d'investissements, mais il serait probablement malvenu de lancer des programmes de grande envergure et d'imposer ainsi un fardeau trop lourd à leurs forces institutionnelles et financières restreintes. Dans les pays
politiquement instables mais qui sont très actifs dans des secteurs d'activité tributaires de l'environnement, il pourrait s'avérer faisable de mettre en œuvre un plan de moyen à long terme visant l'accroissement des capacités, par exemple, des programmes de formation d'une ou deux semaines, conjugué à une aide axée sur les secteurs clés d'activité.
Les gouvernements pourraient peut-être concevoir leurs propres démarches stratégiques vers l'accroissement des capacités d'évaluation environnementale en se basant sur différents facteurs tels que ceux mentionnés plus haut. Ils pourraient aussi mesurer leurs besoins de formation en évaluation environnementale afin de raffiner encore plus leur stratégie. Les gouvernements pourraient également commencer par étudier les priorités définies à l'aide d'un plan national d'action environnementale, ou d'un autre programme semblable, passer ensuite à l'examen de la situation existante concernant les capacités du pays (y compris les conditions examinées plus haut), et élaborer finalement une stratégie qui précise les objectifs à atteindre, les moyens à prendre et les ressources nécessaires. Il faudrait procéder selon une méthode faisant appel aux personnes et aux organisations dont la coopération est essentielle à la mise en œuvre de la stratégie. Ce travail pourrait porter uniquement sur les capacités d'évaluation environnementale, ou s'intégrer à une démarche stratégique plus vaste visant le renforcement des capacités de gestion environnementale en général.
Toute démarche stratégique vers l'accroissement des capacités d'évaluation environnementale devrait reconnaître que cet outil de planification peut s'appliquer à une large gamme d'activités touchant l'environnement et non pas seulement aux projets d'envergure moyenne ou vaste habituellement financés par des organismes comme la Banque mondiale. Il pourra se présenter des possibilités d'intégrer l'évaluation environnementale à d'autres ressources faisant appel aux méthodes de planification, ou même à la planification comme telle au niveau des politiques et des programmes.
La détermination et l'estimation des besoins de formation en évaluation environnementale sont un élément important de tout processus d'accroissement des capacités. Elles devraient aussi constituer une partie intégrante de toute stratégie globale en la matière, même si d'autres activités distinctes sont également précieuses pour viser les cibles prioritaires et faire une utilisation efficace de ressources peu abondantes. L'encadré 9 donne l'exemple d'une estimation des besoins de formation en évaluation environnementale, effectuée en Tanzanie.
Encadré 9 : Estimation des besoins de formation en évaluation environnementale en Tanzanie
En 1995, l'université de Dar es-Salaam et l'institut international pour l'environnement et le développement entamaient la première étape d'une estimation complète des besoins de formation en évaluation environnementale en Tanzanie. Ce travail a donné lieu à :
Les étapes suivantes du travail seront celles de l'élaboration du matériel de formation et de la prestation des cours.
« Au coeur même de cet effort, on retrouve l'admission du fait que l'accroissement des capacités est un processus à long terme et que la réussite de ce processus dépend du comportement de nos pays et des organismes donateurs. Chacun doit jouer son rôle, et bien le jouer. Les pays africains doivent poursuivre leur ferme engagement à réaliser les objectifs de l'accroissement des capacités, et ils doivent aussi prendre la tête du mouvement à chaque étape et dans chaque aspect du processus. Nous nous chargerons nous-mêmes de la conception des stratégies, des programmes et des projets d'accroissement des capacités, apprenant rapidement et efficacement, grâce à l'aide technique, ce qu'il nous faut apprendre. Les organismes donateurs devront, en retour, cesser de se réserver exclusivement la conception et la mise en œuvre des stratégies, des programmes et des projets d'accroissement des capacités. Ils doivent reconnaître qu'en matière d'accroissement des capacités, le processus est une bonne part du produit, et que les raccourcis deviennent souvent des détours qui prolongent effectivement le cheminement.
[...]
Pour que le défi de l'accroissement des capacités en Afrique puisse être réellement relevé, il faudra mettre en place un cadre d'action à quatre volets : un cadre national qui répond au besoin essentiel d'une orientation nationale en matière d'accroissement des capacités; un cadre de partenariat avec la Banque mondiale [et d'autres organismes donateurs] afin de soutenir les activités d'accroissement des capacités sur le terrain; un cadre international qui offre aux organismes donateurs et aux pays africains un forum où se feront le partage des expériences et la coordination des activités d'accroissement des capacités; et un fonds en fiducie qui facilitera la mise en œuvre des trois premiers volets. » (traduction libre)
(Les gouverneurs africains de la Banque mondiale, le 28 septembre 1996, dans Partnership for Capacity Building in Africa: Strategy and Program of Action, p. 81. Rapport présenté à M. James D. Wolfensohn, président du groupe de la Banque mondiale.)
Le présent document s'est penché sur certaines des dimensions complexes de l'accroissement des capacités d'évaluation environnementale et sur l'apport éventuel de différents intervenants et de différents mécanismes. Aucune des démarches décrites n'offre une solution infaillible, mais l'expérience permet de croire qu'elles sont toutes prometteuses si on les inscrit comme éléments d'une stratégie globale. Étant donné que les ressources sont rares, la réussite dépendra de l'aptitude de divers intervenants à unir leurs efforts en vue d'atteindre un but commun. Elle dépendra aussi de la conception d'une stratégie ou d'un ensemble de stratégies basées sur la définition judicieuse des priorités en fonction de critères réalistes de faisabilité et de rentabilité.
Le présent document recommande que les gouvernements concernés de l'Afrique subsaharienne, les organismes donateurs et lesONGintéressées à l'évaluation environnementale proposent de se mettre d'accord sur un ensemble de principes et un plan global d'action visant l'accroissement des capacités d'évaluation environnementale dans toute l'Afrique subsaharienne. À l'automne de 1997, à Nairobi, l'UICN d'Afrique orientale sera l'hôte d'une réunion dont l'objectif est d'en arriver à un tel accord. En préparation à cette rencontre, une proposition englobant une série de principes et un plan d'action sera élaborée à la suite de consultations intenses basées sur l'examen général du présent document de travail. L'UICN entame maintenant le processus de consultation, qui se poursuivra pendant environ six à neuf mois.
Comme point de départ, on pourrait étudier les principes suivants :
Le défi immédiat est de s'entendre sur un ensemble de principes communs. Ces principes pourront différer considérablement de ceux proposés ici. Le défi suivant sera de concevoir un plan d'action concrète visant la mise en application de ces principes, et de l'adopter à l'unanimité.
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