
Jules Scholten
Secrétaire général Commission de l'Évaluation de l'impact sur l'environnement
L'évaluation de l'impact sur l'environnement a vu le jour officiellement aux Pays-Bas en 1987. Depuis, plus de 800 procédures de prise de décision en matière d'évaluation de l'impact sur l'environnement ont été lancées et plusieurs décisions ont été prises en se fondant sur l'évaluation de l'impact sur l'environnement. Le processus hollandais d'évaluation de l'impact sur l'environnement se caractérise par les dispositions suivantes :
La Loi sur la gestion de l'environnement prévoit, tous les cinq ans, une évaluation et un examen des dispositions légales pour l'évaluation de l'impact sur l'environnement. Ainsi, on a amorcé la deuxième évaluation en 1996 et une enquête a été menée sur l'influence de l'évaluation de l'impact sur l'environnement, pour vérifier l'hypothèse selon laquelle l'évaluation de l'impact sur l'environnement influe sur les décisions qui sont prises dans les Pays-Bas. Dans le cadre de cette enquête, des questionnaires ont été envoyés à tous les détenteurs d'intérêts qui faisaient partie d'un échantillon représentatif d'environ 100 procédures d'évaluation de l'impact sur l'environnement qui se sont soldées par une décision. Les résultats révèlent que dans 79 p. 100 des cas, les répondants appartenant à la catégorie des autorités compétentes et des promoteurs conviennent que l'évaluation de l'impact sur l'environnement a produit un changement de point de vue (c.-à-d. de nouveaux renseignements pertinents) par rapport à l'activité, ce qui s'est traduit dans 52 p. 100 des cas par un effet direct, sous forme de modification de la proposition (mesures supplémentaires d'atténuation ou de dédommagement, une solution de rechange plus écologique ou même l'annulation de l'activité proposée). L'enquête a aussi permis de découvrir que dans 71 p. 100 des cas, l'évaluation de l'impact sur l'environnement a favorisé une attitude plus réceptive à l'égard des enjeux environnementaux, qui pourrait éventuellement porter fruits (effet indirect, comme l'influence à long terme des attitudes à l'égard de l'environnement, l'amélioration des règlements, les mesures d'encouragement à la recherche structurelle et la simplification des procédures).
Enfin, dans environ 70 p. 100 des cas, les répondants appartenant à la catégorie des autorités compétentes et des promoteurs considèrent que la demande d'une évaluation de l'impact sur l'environnement a un effet positif certain qui compense amplement le temps et les ressources supplémentaires allouées à la réalisation d'une telle évaluation.
Les résultats de l'enquête ont même dépassé bien des attentes. Ils ont confirmé que l'évaluation de l'impact sur l'environnement comporte directement ou indirectement une valeur ajoutée importante dans la majorité des cas.
Malgré les résultats satisfaisants de l'enquête, bon nombre d'élus du milieu politique national, provincial et municipal prétendent que l'évaluation de l'impact sur l'environnement prend trop de temps et coûte trop cher, tandis que les renseignements qu'elle permet de recueillir ne sont pas suffisamment adaptés à la prise de décision. De telles déclarations sont tellement fréquentes qu'on attribue souvent à tort à l'évaluation de l'impact sur l'environnement les retards qui surviennent dans les prises de décision. En février 1995, lorsque des averses diluviennes ont gonflé les bassins du Rhin et de la Meuse à des niveaux alarmants dans les plaines inondables adjacentes à ces fleuves, menaçant ainsi de déborder sur ses rives, de nombreux élus n'ont pas hésité à faire échoir sur les évaluations de l'impact sur l'environnement le quasi-désastre. À leur avis, les évaluations de l'impact sur l'environnement ont fait reporter pendant de nombreuses années la décision nécessaire qui aurait dû être prise quant à la solidification des rives. Les accusations se sont avérées fausses, puisque l'obligation de mener des évaluations de l'impact sur l'environnement avant de prendre une décision visant la solidification des rives des fleuves n'est entrée en vigueur qu'en septembre 1994, c'est-à-dire peu avant le quasi-désastre.
Cet exemple illustre bien que l'évaluation de l'impact sur l'environnement peut faire l'objet de préjugés liés à une mauvaise réputation, malgré l'évidence des résultats satisfaisants qui ont été obtenus.
Il semble n'y avoir qu'une seule explication à ce paradoxe. En réalité, il existe une importante opposition entre, d'une part, l'esprit d'ouverture et le caractère rationnel, considérés comme des préalables au processus d'évaluation de l'impact sur l'environnement et, d'autre part, le caractère informel que préfèrent certains représentants élus pour prendre des décisions fondées sur leurs idées préconçues.
L'évaluation de l'impact sur l'environnement commence par la détermination des solutions susceptibles de résoudre un problème clairement défini au cours du processus; les solutions les plus pertinentes sont retenues et elles sont comparées avec des critères vérifiables et généralement acceptables. En bout de ligne, la meilleure solution est adoptée. L'ensemble de la méthode est régi par l'application de mesures de protection et de contrôle démocratiques. Il semble, par contre, que dans la prise de décision politique, on cesse souvent de chercher des solutions de rechange dès qu'une solution plus ou moins satisfaisante se dessine. Les négociations informelles semblent y tenir une place importante. Des points de vue sont parfois adoptés prématurément et justifiés après coup. Dans un tel contexte, les décideurs peuvent effectivement considérer l'évaluation de l'impact sur l'environnement comme une obligation faisant perdre temps et argent et qui doit être satisfaite avant que l'on puisse mettre en œuvre un plan ou adopter une mesure.